Les semaines qui viennent de passer ont été consacrées presque exclusivement à ce cas T.O. Il s’agit d’un auteur fraudeur qui écrit allègrement assisté par la machine IA. Son usage est tellement assisté qu’on en serait facilement à dire que c’est lui qui assiste la machine en donnant quelques idées. Cet auteur est non seulement un faussaire, mais aussi un plagieur maintes fois pris la main dans le sac. Donc, concernant sa culpabilité, il n’y a aucun doute.
Là où le débat devrait être constructif et réaliste, il est tout simplement impossible. Cet empêchement de la parole l’est essentiellement pour des raisons politiques.
Une fois ce constat fait, on se rend compte que toutes les mesures salutaires pour préserver la littérature ne seront pas prises. Au moment même où les éditeurs devraient se concerter pour créer un label de qualité type AOP pour exclure la machine, pour affirmer l’humanité, il ne se passera rien. Le néant de décisions est possible, car tous les acteurs sont submergés par le commentaire.
Or si le commentaire foudroie, s’il pose un anathème, ce que le commentaire ne fait pas, c’est construire.
Nous avons plus que jamais besoin de construire une digue dans l’urgence qui protégera nos libraires ; nous n’avions rien fait pour les disquaires. Nous devons collectivement trouver des solutions pour affirmer notre différence d’humains, nous sommes originaux et singuliers, et non une moyenne statistique.
L’inaction des acteurs de l’écrit est peut-être la prémisse de la chute de l’écrit pour le commun.
Bien sûr, la musique est restée chez les audiophiles, mais le commun écoute un streaming incessant de notes fades qui hypnotise le cerveau sans le nourrir.
Bien sûr, le cinéma est resté chez les cinéphiles, mais le commun enchaîne des séries sur des plateformes où le temps passé à les choisir est plus long que l’intérêt que l’on va leur porter. Le commun, lui, se perd.
Bien sûr, les lecteurs auront toujours des livres à lire, mais on ne veut pas juste être stimulé par un écrit, un film ou une chanson, on ne veut pas juste être parcouru par un courant électrique. Nous ne sommes pas des batraciens sur la table de dissection de l’IA et du mercantilisme.
Nous voulons être bouleversés, marqués, affermis et construits.


